mercredi 21 février 2007

Revendications dogmatiques

Je reproduis ci-bas la lettre d'opinion écrite par mon ami Grégoire Bernèche. Elle fut publiée aujourd'hui dans La Presse en page A23. On peut aussi la trouver sur Cyberpresse.ca.

Revendications dogmatiques

Grégoire Bernèche
L'auteur est étudiant de première année en médecine.

Évalué à 375 millions de dollars par la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), le sous-financement des universités québécoises est une réalité dont l'ampleur dépasse les chiffres, et dont les répercussions sur la qualité de la formation se font grandement ressentir.

À la faculté de médecine de l'Université de Montréal, pour ne mentionner qu'un exemple, le nombre d'étudiants par tuteur dans plusieurs cours est passé de 8 à 12 sous l'effet des contraintes budgétaires, ce qui compromet dramatiquement les niveaux d'enseignement et d'encadrement dispensés. Pénible tentative de court-circuiter l'État, les frais afférents (non couverts par le régime de prêts et bourses) imposés par de nombreuses institutions représentent un symptôme de cette situation financière insoutenable.

Dans cette optique, je crois fermement, comme plusieurs étudiants, que le dégel des droits de scolarité - tel que récemment proposé par le Parti libéral du Québec - constitue une approche pragmatique et adéquate afin de permettre aux universités québécoises d'offrir des diplômes compétitifs, dans une société dont l'avenir passe en bonne partie par les compétences supérieures et l'innovation.

Les principales associations étudiantes de la province ont déjà affûté leurs armes, et la campagne qu'ils mèneront pour le maintien du gel s'annonce hautement démagogique et agressive. Mais la question à laquelle les représentants de ces regroupements devront répondre n'est pas : «Êtes-vous pour ou contre le dégel?», mais bien : «Quels changements réalistes proposez-vous pour améliorer la formation des étudiants que vous représentez?».

Investissements accrus de la part de Québec dans l'éducation post-secondaire - ce qu'un éventuel gouvernement libéral s'engage à faire à raison de centaines de millions de dollars supplémentaires? Alourdir le fardeau fiscal déjà écrasant des Québécois - un choix dont les étudiants assumeront les coûts sitôt sortis des bancs d'école? Ou encore miser sur de généreux transferts fédéraux - dont les sommes fluctueront selon les humeurs du gouvernement central? Acceptables ou non, ces mesures ne pourront jamais qu'être complémentaires au financement assumé par les étudiants.

Un mythe tenace

En vigueur depuis 1994, le gel des droits de scolarité ne fait que renforcer le mythe de la nécessité que les coûts d'accès à l'université soient universels. Cette universalité consiste à répartir les subventions de l'État aux étudiants de façon égale, alors qu'elles devraient plutôt l'être de façon équitable, puisque les élèves provenant des classes moyenne et aisée (majoritaires) peuvent assumer une hausse, tandis que les moins nantis pourraient bénéficier d'une baisse significative.

Un dégel des frais de scolarité, d'autre part, contribuerait à responsabiliser les étudiants, en les positionnant clairement au centre du système d'éducation en tant qu'utilisateurs-payeurs motivés à réussir, substituant ainsi un État jusqu'alors tributaire de leurs échecs.

Enfin, les étudiants doivent comprendre qu'une augmentation du coût de leurs études ne constitue pas un simple débit, mais bien un investissement, permettant aux institutions non seulement de préserver la qualité de leurs programmes, mais même de s'adapter, d'évoluer et d'innover, afin d'être plus performantes et compétitives, au grand bénéfice des étudiants et de la société québécoise.

Il est indéniable que, dans la décision de poursuivre ses études, les capacités intellectuelles doivent primer sur les moyens financiers, mais il serait faux de croire que le gel des droits de scolarité représente une approche raisonnable pour respecter cette condition.

L'instauration d'un programme de prêts et bourses plus généreux et mieux adapté (par exemple, selon le revenu moyen que procure le diplôme) semble une voie bien plus prometteuse et juste d'enrichir la société québécoise tout en préservant l'égalité des chances.

Que les regroupements étudiants suscitent le débat, le moment venu, sur les modalités d'un tel programme m'apparaît comme une alternative constructive aux dogmatiques revendications actuelles.

Le dégel des frais de scolarité contribuera à responsabiliser les étudiants, en les positionnant clairement au centre du système d'éducation en tant qu'utilisateurs-payeurs motivés à réussir.

3 commentaires:

Mathieu Brunet a dit…

Bravo pour l'article!
Il faut plus de jeune pour exprimer la voix de la majorité!

c'est fini le GEL!
Les Péquistes vivent pas dans la réalitée...

Jacques Quenouilles a dit…

Je trouve la publication très intéressant et bien argumenté. merci, j'apprécie!

moi non plus, je ne pense pas que notre choix de société est de faire payer les autres pour notre propre avancement personnel.

Samuel Lavoie a dit…

Les adversaires de la proposition libérale qui, par ailleurs, demeure des plus timorées, n'ont jamais pu réfuter une donnée socio-économique indéniable. Cet argument imparable est le suivant : Ce n'est pas en vertu de frais de scolarité déraisonnablement bas que les gens des milieux modestes et/ou défavorisés vont à l'université. La raison principale en est une d'environnement familial et d'opportunités au sein du milieu de vie. Bref, en gardant les frais de scolarité atrocement bas, nous ne faisons que financer à fort prix les études de gens qui sont, pour la plupart, relativement favorisés, et ce, sans améliorer l'accessibilité chez les moins bien nantis. Bref, le gel perpétuel que défendent les péquistes, voilà une mesure malsaine et inadéquate, autant au niveau économique qu'au niveau de la justice sociale.